Il faut tout de suite y insister : pour Voltaire la transgression est une inégalable prometteuse de jouissance. Lorsque, de plus, elle s'accompagne du jaillissement du sang des autres, le voici bientôt transporté jusqu'à des sommets. Il est toutefois difficile de savoir en quoi sa pratique du théâtre a donné à ce dramaturge le schéma de mise à distance sans lequel la souffrance humaine tend à se partager par identification quasiment automatique. Quoi qu'il en soit, Voltaire est un vrai dur devant la souffrance d'autrui.

      Et qui est très certain de pouvoir, par l'écriture, convaincre qui il veut d'adopter son point de vue, c'est-à-dire le point d'où cette jouissance devient effective. Pour illustrer ceci, reprenons sa lettre du 23 août 1756 - il a tout de même maintenant 62 ans... - à la comtesse de Lutzelbourg : 
    
 « Dites-moi donc, Madame, vous qui êtes sur les bords du Rhin, si notre chère Marie-Thérèse, impératrice-reine, dont la tête me tourne, prépare des efforts réels pour reprendre sa Silésie. Voilà un beau moment ; et si elle le manque, elle n’y reviendra plus. »

     Moment qui devrait donc être beau aux yeux de quiconque, et non pas au titre d'une tête qui viendrait à tourner en raison de qualités physiques ou autres de Marie-Thérèse, mais en conséquence du sang qu'elle s'apprête à faire couler...

     Jouissance, encore, qui ne peut guère, selon lui, faire défaut aux grands chefs de guerre. C'est ce que montre sa lettre du 27 août 1756 au duc de Richelieu :  
     
« Je crois que ma chère Marie-Thérèse a grande envie de prendre ce temps-là pour reprendre, si elle peut, sa Silésie. Nous attendons toujours des nouvelles consolantes de quelque petit commencement d’hostilités. Le feu peut se mettre tout d’un coup aux quatre coins de l’Europe. Quel plaisir pour vous autres héros ! »

     Or, ce sang qui doit couler ne paraît pas avoir quoi que ce soit d'humain, et il est essentiel pour Voltaire et ses disciples qu'il en aille effectivement ainsi, sans quoi la jouissance serait interdite... À François-Louis Allamand, le 17 septembre 1756 : 
     
« Tout est bien, tout est mieux que jamais. Voilà deux ou trois cent mille animaux à deux pieds qui vont s’égorger pour cinq sous par jour. »

    Et revoici l'essentielle comptabilité : cinq sous par jour... C'est ce que cela coûte pour que cela rapporte... à qui?

    Il est évidemment très important de savoir que c'est cette horreur qui est sous-jacente au rôle que "Candide" continue à jouer dans l'inconscient de la jeunesse de France.

     Michel J. Cuny

Pour plus d'éléments sur cette question et sur quelques autres, rejoignez Françoise Petitdemange et moi-même ici :

Voltaire

Dans une lettre qu'il adresse à George 1er, roi d'Angleterre, le 6 octobre, probablement de l'année 1725, Voltaire, le chantre de la bourgeoisie française et pourfendeur des religions, ne dédaigne pas de s'adresser, en ces termes, au monarque étranger : "Il y a longtemps que je me regarde comme un des sujets de Votre Majesté....

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